"À L'ASSAUT DE L'AMBASSADE"
Exposition
Au centre d’art du Parvis de Pau
nov.2010 fév.2011


"Du début de la fin du début de la fin"
Génération spontanée, 9 sculptures (grillage plâtre, peinture) intitulée: le poilu, le magnétique, le bourgeois, Hot rod, le menhir, le serpent, l'aquatique, l'optique.

« Storm the embassy » est le titre emprunté, pour cette exposition, au groupe rockabilly «The Straycats», formation énergique et grinçante des années 80. Rien d’étonnant finalement que Marianne Plo puise dans le registre de cette « sub-culture » quand bon nombre de ses œuvres et expositions sollicitent déjà des standards musicaux américains... Et quand depuis 5 ans, elle forme avec Violaine Sallenave le duo « Lassie », un projet hybride et éclectique qui évolue entre l’univers de la performance et celui du music-hall.
Pas si éloignée que cela de la supplique formulée dans la chanson d’origine (la guerre entre l’Union Soviétique et l’Afghanistan), Marianne Plo revisite cet opus avec l’envie à peine dissimulée de partir, pour le ré-enchanter, à la conquête du centre d’art : cet espace disparate, hostile au merveilleux, qui caractérise pourtant son art. Il fallait, selon Marianne Plo, réussir à oublier le décor
initial du centre d’art, détacher l’espace intérieur de son réceptacle habituel pour y projeter une fiction à la fois futuriste et poétique. Et qui mieux, en effet, qu’une artiste qui tient la légende, le mythe et le conte pour langage plastique pour en recomposer le récit ?
Le dessin est la pratique fondatrice de Marianne Plo. Simplement réalisé au stylo-bille et feutres de couleurs, il répond aux diverses sollicitations et ressources de la feuille de papier, du wall drawing, de l’animation vidéo et du volume. L’artiste travaille un univers onirique et fantastique qu’elle décloisonne en procédant par assemblage de sources, de formes et de pratiques hétérogènes. Son travail s’inspire des contes, des légendes, des mythologies et cultures populaires qu’elle réinterprète pour re scénariser notre réel et notre présent. Ici, le centre d’art, vu comme l’ambassade, est lieu de l’invention, du mensonge et de la manipulation. Manipulation d’histoires fabuleuses, de morceaux de récits archaïques et actuels, que Marianne Plo « sample » et mélange de façon empirique pour en détourner le sens et en remodeler la sensibilité.
« Storm the embassy » est une invitation au voyage! L’exposition évoque le fabuleux périple de Jason et les Argonautes partis à la conquête de la Toison d’or, les mythes de l’Egypte ancienne et des fictions puisées dans l’univers de la publicité (la saga des Ferrero Rochers) et du cinéma de série B (Le film de Roland Emmerich «Stargate»). Si à première vue, tout semble n’être que fragment et dispersion, ces points de récits apparemment épars, voire confus, tissent en réalité un réseau de correspondances cachées :La pyramide de Rochers qui trône au milieu du centre d’art est un clin d’œil à la fameuse saga publicitaire des chocolats Ferrero Rochers et leurs célèbres soirées «chez Monsieur l’ambassadeur». Elle rappelle également les motifs Egyptiens figures dans les dessins, lesquels sont mis en écho avec la «Porte aux étoiles» peinte sur la baie vitrée du centre d’art - porte qui dans le film Emmerich est d’ailleurs découverte sur le plateau de Gizeh en Egypte! Ceci sans oublier, bien entendu, l’énergique amas de rochers qui semble s’enfoncer dans une anfractuosité ouverte dans le sol, et dont un des éléments marron et moucheté de jaune n’est pas sans rappeler le célèbre chocolat italien… Les œuvres qui se dispersent dans l’espace d’exposition, s’organisent finalement dans une succession d’enchaînements infinis. Et c’est la répétition inlassable de motifs identiques, (la pyramide et le Rocher Ferrero notamment) qui, avec de simples des changements d’échelle du détail à une vue d’ensemble, rend possible la circulation entre les œuvres, affirmant ainsi une mécanique et un travail proches du sampling et de la boucle littéraire. Avec «Storm the embassy», le spectateur est invite à s’enfoncer dans la légende recomposée par Marianne Plo, comme il entrerait dans le cerveau de l’artiste au moment où, précisément, elle matérialise sa pensée et les constructions de son imaginaire abyssal.
Magali Gentet

"Storm the embassy"
pyramide ferrero, feutre sur vitre




Gardiennes,
feutre sur mur, 170x70cm


"La porte des étoiles"
peinture sur vitre


"Embrase-moi"
Ceinture de rideaux, papiers d'emballages, ficelle.


> Interview
Magali Gentet: Tu réalises au centre d’art du Parvis de Pau une de tes premières expositions personnelles. La première en tout cas en Aquitaine. Or l’espace n’est pas simple : il faut jouer avec un décor inhabituel pour un lieu d’exposition, dialoguer avec la salle de conférence attenante, mais également avec le centre commercial dans lequel s’inscrit le centre d’art. Il semble que tu aies parfaitement bien compris l’espace, peux-tu nous dire comment tu as conçu cette exposition ?
Marianne Plo: À L’assaut de l’ambassade est une exposition pour moitié produite avec des oeuvres
spécifiquement conçues pour l’espace, comme le chaos de rochers. Mon idée était d’enchanter le
lieu et de jouer avec plutôt que d’y résister. J’ai donc imaginé l’exposition comme une sorte de parcours, un périple où se croisent de multiples récits, construits sous forme d’associations inconscientes que le public doit décrypter à la manière des Surréalistes. Cette exposition est un jeu de coïncidences accidentelles.
MG: Tu parles ré enchanter le centre d’art et effectivement en observant tes oeuvres, on voit qu’elles se réfèrent à de multiples sources, la mythologie notamment, les contes et légendes mais également à une culture plus actuelle et populaire : musique, cinéma, dessins animés, BD, publicité etc. étonnant mélange des genres ! Quelles sont précisément tes sources d’inspirations et comment combines-tu entre elles ces différentes représentations ?
MP: Je suis intéressée par les mythologies grecques, romaines et égyptiennes. Le périple de « Jason et les Argonautes » en particulier, mais la culture contemporaine m’inspire également. Je considère par exemple la publicité comme une forme de conte moderne, dans lequel je puise allégrement. Pour l’exposition, je me suis d’ailleurs amusée à faire des clins d’oeil répétés à la fameuse Saga des Ferreros Rochers ou à l’univers de la cosmétique féminine … Pendant cette période de Noël et en plein centre commercial cela me semblait plus qu’opportun. Pour moi, les objets et les histoires envoient des signes que j’associe et ré interprète de façon empirique, comme une forme d’écriture automatique et anachronique. Dans mes dessins, les objets qui apparaissent sont liés entre eux par des rapports secrets…Cela évoque par exemple la mythologie égyptienne ou le mystère caché des hiéroglyphes.“ Nous ne pouvons imaginer aucun objet en dehors de la possibilité de sa connexion avec d'autresobjets du même monde” explique Wittgenstein, voilà une citation que je fais volontiers mienne !
MG: Ta pratique se base avant tout sur le dessin. Mais tu réalises également des sculptures, des vidéos, des animations, des performances et de la musique puisque tu es la deuxième moitié du duo « Lassie ». Peux-tu nous dire deux mots sur « Lassie » et nous expliquer quel est pour toi le rapport entre le dessin et les autres formes d’expressions de je viens de citer ?
MP: Je travaille ce duo performatif « Lassie » avec Violaine Sallenave depuis 5 ans.
« Lassie » est un show burlesque et décalé qui nous permet d’explorer le principe du spectacle et de la performance à travers des chansons, des costumes, des chorégraphies et des vidéos.
Pour nous « Lassie » est une lutte du plaisir et de l’audace contre la triste évidence du monde du
spectacle et de ses modèles formatés. Mais c’est également une activité un peu « ovni » et assez
différente de mon travail de plasticienne qui se développe, effectivement, essentiellement autour du dessin. Le dessin est une pratique fondatrice et quotidienne qui contamine tous types de supports : de la feuille de papier au mur ; de la projection en 3D c’est-à-dire la sculpture à la vidéo…. Ces multiples ressources lui donnent des réalités différentes. Je réalise mes dessins aux feutres, aux crayons et aux stylos billes. Ce sont des ustensiles très simples qui permettent un trait et une couleur directes.
MG: Tout ton travail s’organise de façon cyclique. D’une oeuvre à l’autre, d’une exposition à l’autre on retrouve des motifs récurrents : les rochers, les thématiques Egyptiennes, certains héros mythiques. Tout ce qui semble épars, est en réalité tout à fait cohérent, homogène et crée des liens. C’est encore le cas ici. Raconte nous le sujet de l’exposition À l’assaut de l’ambassade. Pourquoi ce titre, cette thématique Egyptienne … ?
MP: J’ai souhaité construire un récit ayant pour amorce une série de dessins où la nature nous apparaît ambivalente, généreuse mais menaçante, contrôlée et chaotique…Telle une avancée du désert, un passage rocheux, des volcans, pris dans une sorte de faille spatio-temporelle.
Ce titre À l’assaut de l’ambassade résonne pour moi comme l’épisode d’un grand périple, une action vers un devenir, pour prendre le contrôle de ce qui nous est donné à voir.
Comme référence à la publicité des « célèbres réceptions chez monsieur l’ambassadeur »,
l’ambassade, ici, n’est plus considérée comme un territoire représentant une culture étrangère à
l’étranger, mais s’envisage comme un temple dédié à la « divine consommation ». Et c’est là que Le Parvis apparaît comme un cadre idéal, grâce à sa situation dans le centre commercial.
L’intention était avant tout d’expérimenter des agencements, un « tenir ensemble » d’éléments plutôt hétérogènes (mythologies récits, cinéma, publicité etc.…).
Bien sûr, le titre rend également un hommage appuyé au groupe de rockabilly « Straycats », puisqu’il s’agit de la traduction d’un de leurs grands standards : Storm the embassy.


Lost in neverland
dessin au stylo bille et feutre, 150x125cm


Le passage des roches kyanées
stylo bille feutre et aquarelle,150x125cm

www.Parvis.net